12 mai 2020

C’est bien à une crise inédite auquel le secteur hôtelier doit aujourd’hui faire face. Soulignons néanmoins la préparation du secteur par rapport à d’autres à ce type d’évènements. Depuis le 11 Septembre, en passant par la crise financière et plus récemment les évènements terroristes de 2015 & 2016, l’hôtellerie a su développer une solide expérience dans la gestion de crise.

Il est bon de rappeler également que les hôteliers ont cette capacité - que peu d’acteurs ont dans le monde de l’immobilier - de pouvoir réajuster quotidiennement leurs prix face à la demande et donc d’optimiser leur cash-flow en direct. Et ça, on l’oublie trop rapidement, c’est clairement un avantage dans ce type de situation.

Les 5 facteurs clefs auxquels le secteur doit faire face

Au-delà des prévisions sur le rebond de la demande – dont le net regorge actuellement - la question véritablement essentielle pour l’industrie hôtelière reste : « Comment préparer la reprise de l’activité ? ». 5 facteurs clés se dégagent des nombreux échanges que nous avons avec les acteurs du marché :

  1. La gestion de l’épidémie

    La gestion du déconfinement, l’évolution de l’épidémie, mais aussi l’ouverture des frontières au fur et à mesure de la fin des confinements, la gestion qui sera faite pour la saison estivale sont autant d’éléments clé

  2. La crise économique

    Forcément, c’est un élément que nous tous allons regarder de près. Est-ce que la doctrine keynésienne française servira bien d’amortisseur ? Pour l’hôtellerie, cela à de multiples implications !

  3. La relance du secteur du transport de passagers

    Il y a peu de chances que le trafic aérien reprenne d’un coup de baguette magique le 11 mai. Cependant les compagnies aériennes travaillent toutes actuellement sur des plans de reprises de leurs activités. La vitesse de cette reprise aura nécessairement de forte implication sur le secteur hôtelier, notamment sur le calendrier de réouverture des vols long-courriers. Les éventuelles obligations liées aux nouveaux impératifs de distanciation sociale auquel le secteur aérien devra faire face auront à coup sûr un impact sur leurs stratégies. On constate qu’il y actuellement, sur ce point, un lobbying fort des acteurs du marché pour minimiser les éventuelles futures décisions.

    Pour le ferroviaire, la reprise est plus facile et la SNCF prévoit un retour à la normale de son trafic courant juillet.

  4. L’économie collaborative (AirBNB)

    La manière dont cette économie va se comporter sera très instructive. À court terme, on constate déjà une accélération des demandes de réservation (notamment sur les destinations « balnéaire ») ou au contraire, une forte chute de celles-ci (centre-ville). Il y a aussi un phénomène récent à ne pas sous-estimer, c’est la situation des propriétaires qui retirent leurs actifs des plateformes pour les proposer à la location longue durée (c’est un phénomène que l’on observe déjà en Espagne). Enfin la réaction des clients : Est-ce qu’un appartement sur Airbnb est aussi propre qu’une chambre d’hôtel… c’est une question que le client va nécessairement se poser !

    Les hôtes AIRBNB ne pourront tout simplement pas garantir un nettoyage en profondeur après chaque départ comparable à la standardisation des process que les grandes chaînes hôtelières auront mis en place à l’aide de référentiels sanitaires (on peut notamment citer le partenariat Accor/Veritas, B&B Hotels/SOCOTEC).

  5. Le client ; qu’il s’agisse de tourisme de loisirs ou de tourisme d’affaires

Est-ce que le client français va être sensible au discours des hôteliers ? À quelle date les clients européens seront-ils de retour ? Même si les marchés ne sont pas tout à fait comparables, regardons l’exemple chinois. Les hôtels économiques et moyen de gamme atteignent déjà, là-bas, 50% de taux d’occupation. Par contre, les performances de l’hôtellerie de luxe sont toujours particulièrement impactées.

Si la crise ne devrait pas remettre en question le traditionnel meilleur comportement de l’hôtellerie Eco et moyen-de-gamme, le scenario de reprise le plus probable met néanmoins l’accent sur l’importance de la clientèle domestique.

Où en est l’Investissement, où en sont les valeurs ?

Compte-tenu du confinement tous les processus de vente sont soit au ralenti, soit en sommeil avec des calendriers de vente qui sont tous rééchelonnés pour tenir compte de la situation. Alors doit-on s’attendre pour autant à un contrecoup dans les prochains mois ? Pour répondre à cette question, il est important de rappeler trois éléments :

Le premier c’est qu’il n’existe pas UN marché de l’investissement hôtelier, mais plusieurs ! Les différents modes de détentions et la localisation par exemple attirent des groupes d’investisseurs aux profils très différents et donc aux motivations d’acquisitions très variées.

Le deuxième c’est que malgré des rendements particulièrement faibles sur les derniers trimestres, nous avons continué à avoir une pénurie d’actifs sur le marché. Face à cela, les acteurs présent ces derniers mois ne se sont pas, aujourd’hui, désintéressés du sujet et ils sont maintenant rejoint par de nouveaux au profil beaucoup plus opportuniste. Et donc forcément cette pénurie et cette diversité se retrouveront aussi à l’issue du déconfinement !

Enfin le dernier élément, c’est tout simplement les mesures gouvernementales qui permettent à de nombreux hôteliers de diminuer fortement leurs charges durant cette période. Les dispositions de soutien à l’industrie, dont la présentation est attendue prochainement, devraient concourir à rendre cette mauvaise passe supportable pour une majorité d’hôtels.

“Wait-and-see” ou “flight to quality”?

Avec une pression limitée pour vendre, les actifs en difficulté ne seront donc pas légion sur le marché. Ceux qui s’attendent à voir prochainement sur le marché un nombre important d’actifs « distress » risquent d’être déçus. Mais comme dans beaucoup d’autres domaines, la crise sanitaire est aussi un accélérateur de situations préexistantes. Certains hôteliers déjà en difficulté ne devraient pas pouvoir survivre à l’ampleur de ce choc.

 

D’une attitude « wait-and-see », nous devrions en réalité rapidement passer à un comportement « flight to quality ». Les hôtels avec des baux en place, si l’on s’en réfère aux dernières opérations, ne devraient pas voir de diminution du nombre d’investisseurs potentiels et les niveaux de rendement vont sûrement rester inchangés sur ce segment à court terme. Les éléments qui retiendront l’attention des investisseurs seront en priorité la qualité du locataire, la durée résiduelle et la garantie prévu dans le bail.

Pour conclure sur une note positive, il est très probable que l’on puisse compter sur la soif de voyager de l’être humain pour relancer très prochainement le secteur !


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