16 mars 2018

On assiste à une véritable course aux investissements logistiques de la part de la distribution

Didier Malherbe, Executive Director, Activité et Logistique, Advisory & Transaction Services and Investment Properties

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Didier Malherbe est le directeur exécutif de l’activité et de la logistique de CBRE France. Il répond à nos questions sur l’évolution de la fonction logistique au sein des sociétés de distribution, leurs stratégies et les effets prévisibles sur les territoires.

Comment évolue aujourd'hui la fonction logistique chez les grands distributeurs ?

Avec le développement de l’e-commerce et la concurrence des pure players, la logistique a acquis une dimension stratégique évidente : d’une part elle représente un levier de gains de productivité , d’autre part la capacité à livrer les consommateurs de plus en plus vite est devenu un facteur clé de différenciation. Aujourd’hui, les responsables de la supply chain sont tous issus des meilleures écoles et ont leur place dans les comités exécutifs des grands groupes. On leur demande de repenser toute l’organisation logistique pour être en mesure de livrer le consommateur dans des délais de plus en plus courts, dans la journée ou dans un créneau convenu.

Quelles stratégies mettent-ils en œuvre ?

Tout évolue très vite, quasiment de semaine en semaine, mais on distingue aujourd’hui deux types de stratégie. Les enseignes spécialisées ont tendance à ajouter à leur organisation existante des entrepôts dédiés à leurs ventes en ligne, tandis que les enseignes généralistes vont plutôt se doter d’entrepôts polyvalents, afin de desservir à la fois leurs magasins et leurs clients e-commerce. Dans les deux cas, la proximité des bassins de consommation est déterminante.  Les premières s’implanteront volontiers à proximité des hubs de transporteurs à qui elles sous-traitent leurs livraisons, donc le dernier kilomètre, tandis que les enseignes généralistes seront d’abord intéressées par des fonciers de grande capacité pour développer des entrepôts à vocation multi-formats (par exemple hypers/supers/proximité).

Quel impact cela a-t-il sur les équipements logistiques ?

En 2017, sur un marché français dominé par des utilisateurs appartenant à la grande distribution, CBRE a enregistré la commercialisation de 4 millions de m2 d’entrepôts placés, dont 2,6 millions en neuf, pour répondre à des besoins non satisfaits en bâtiments de grande taille, de plus de 30 000  m2. On voit se multiplier les projets XXL, de plus de 100 000 m2, encore inexistants il y a seulement quelques années. Plus de la moitié de ces développements sont réalisées en compte propre, les utilisateurs souhaitant maîtriser leurs outils de production. Ceci leur permettant de rattraper un certain retard sur le degré d’automation de leur site, par rapport à d’autres pays européens.

Comment les territoires répondent-ils à cette demande ?

La livraison en ville est l’enjeu de la logistique de demain. Pour satisfaire ces besoins, les opérateurs n’auront de cesse de chercher du foncier capable d’y accueillir ces activités. L’une des solutions pour y parvenir, reste la verticalité telle que l’Asie la déploie déjà.

Les exemples récents  de l’entrepôt qu’Ikéa loue à Vailog dans le port de Gennevilliers, ou celui d’Amazon à Brétigny-Sur-Orge, en région parisienne,  en font une tendance qui devrait se renforcer dans l’avenir. C’est un enjeu majeur qui permet de faciliter le recours au transport propre avec une préoccupation environnementale vertueuse.