19 février 2020

Jean-Nol Carpentier 160X130
Le maire de Montigny-lès-Cormeilles, dans le Val-d’Oise, a entrepris de transformer la “route commerciale” (la célèbre RD14, proche de la Patte d’Oie d’Herblay) qui coupe la commune en deux en un véritable centre-ville. Un projet ambitieux de mutation urbaine qui devient progressivement réalité.





Quelles ont été les étapes clés du projet ?

La première a été la révision du PLU, en 2011, qui a converti cette zone monofonctionnelle en secteur à vocation mixte. Plus aucun permis n’est délivré pour des projets qui seraient exclusivement commerciaux. Les nouvelles constructions devront intégrer des services nouveaux (cabinet médical, offre de loisirs, maison pour seniors, pépinière d’entreprises, crèche...), des services publics (école, gymnase...), de nouveaux logements, de nouveaux espaces verts (création d’un parc public de 3 hectares), des commerces de proximité…

Une nouvelle révision est prévue, cette fois-ci pour acter la vocation de ce secteur à devenir le centre-ville de Montigny. Le futur PLU sera la traduction réglementaire du plan guide que nous avons élaboré avec David Mangin de l’agence SEURA, en concertation avec la population et les différents acteurs locaux. Nous avons eu la chance, pour le faire, de bénéficier d’un financement de l’État dans le cadre de l’appel à projet de l’État Repenser la périphérie commerciale en 2018. La même année, nous avons signé une convention avec l’Établissement public foncier d’Île-de-France, qui rachète certains fonciers mis en vente par leur propriétaire pour le compte de la commune en prévision des aménagements à venir.

Je n’oublie pas cette belle victoire d’avoir obtenu de l’État la transformation de l’échangeur de l’A15, dont les travaux commencent. De nouveaux itinéraires évitant le boulevard Bordier [la RD14] vont y alléger considérablement la circulation automobile et permettre sa transformation en axe urbain apaisé.

Comment s’opère la mutation des parcelles commerciales ?

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’enjeu n’est pas de faire partir les commerces mais de créer le centre-ville de Montigny. La transformation sera en partie portée par l’évolution naturelle du marché. D’un côté, une partie des surfaces commerciales ne marchent plus très bien et seront amenées d’elles-mêmes se déplacer, de l’autre il manque les commerces et les services de proximité nécessaires dans un centre-ville. Les seconds vont progressivement remplacer les premiers, en s’installant dans des programmes immobiliers mixtes. Quant aux grandes surfaces qui restent performantes, elles verront l’intérêt de se moderniser pour évoluer avec leur environnement. 

Notre rôle est de créer les conditions permettant à chaque acteur d’évoluer dans son propre intérêt. En rachetant, via l’EPFIF, les parcelles aux propriétaires des murs commerciaux qui souhaitent vendre, ou en travaillant avec des promoteurs qui adhèrent au projet global et veulent créer des programmes mixtes en centre-ville, ou encore en facilitant la réinstallation de commerçants qui souhaitent rester à Montigny et s’implanter dans de nouveaux bâtiments. La taxe d’aménagement, que nous avons élevée, nous permettra aussi de créer des équipements publics. Bien entendu, toutes ces mutations s’inscriront dans un espace public et paysager entièrement requalifié. Ce projet s’inscrit dans une démarche partenariale et collaborative qui s’étalera sur 10 à 15 ans. Mais c’est en ce moment que se prennent les grandes orientations.

Quel conseil donneriez-vous à un maire qui souhaite se lancer dans un projet comparable ?

Je ne suis pas un donneur de conseil ! Mais je crois qu’on ne doit jamais sous-estimer l’importance du partage du projet. Il s’agit de passer d’un modèle commercial et urbain qui existe, et qui a ses défenseurs même s’ils en voient aujourd’hui les limites, à un modèle différent, qu’il faut expliquer, mais aussi co-élaborer avec la population. Ce projet est conçu pour améliorer le cadre de vie des Ignymontains et l’attractivité de la commune. Nous avons réalisé une enquête approfondie avec l’IFOP, qui a fait ressortir des attentes fortes, mais aussi les points sur lesquels il sera important de poursuivre ensemble l’élaboration du projet. 

Ce travail nous aide aussi à montrer aux foncières commerciales, partenaires incontournables du projet avec lesquels il faut apprendre à dialoguer, que Montigny est en train de changer et leur ouvre des opportunités pour moderniser leurs magasins et mieux répondre aux attentes de leurs clients. Encore une fois, le commerce reste bienvenu à Montigny : ce que nous voulons c’est créer les conditions d’une transformation dont tout le monde sortira gagnant.

À lire : Le maire, l’architecte, le centre-ville…  et les centres commerciaux. Par Jean-Noël Carpentier et David Mangin. Éditeur : BoD. 2017


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